L'OEIL D'AYA N'DA


Elle crée en associant, invente en recomposant. Elle voit, vibre, et sent: « J’inscris dans ma peinture, l’Afrique Noire qui me coule dans les veines et qui en moi ne cesse de frémir. »

Procédant par allusions et par signes renvoyant à d’autres signes, sa démarche est  cryptique.

Ses découpes géométriques comme dessinées au compas, équarrissages très personnels rappellent le jeu de puzzle ou l’image des tissus organiques vue au microscope. Elles  suggèrent aussi, des cartes géographiques. Des cercles et des bandes découpées rigoureusement, souvent en pointe évoquent des territoires, des frontières réelles, imaginaires, esthétiques, poétiques. 


L’image principale est souvent composée de biais, une vue du ciel, comme pour voir le monde dans son ensemble avec sa beauté colorée et avec ses anfractuosités aveugles. 

Le peintre sénégalais Pape Ibra Tall écrit : « L’esthétique africaine nous enseigne que la pensée n’est pas la copie du réel mais la négation et le dépassement du réel. Elle nous enseigne que le réel n’est pas seulement le réel, mais aussi le possible ». Pour lui, l’artiste doit être une « exacerbation rythmique. »


Les îles en lambeau d’Aya sont étirées selon les lois du plein et du vide. Dans son œuvre, le vide contrairement à la peinture chinoise est signifié par la couleur. Une couleur travaillée et matérielle, l’hypnotisme  du monochrome (So Wax! n°4). 

Par touche, par symbole elle réveille des images et des sons sans jamais les reproduire directement. La polychromie des cercles, demi cercles et segments qu’elle travaille en aplat suggère la polyphonie : Sébène  est une mélodie ; Kora  la harpe-luth de l’Afrique de l’Ouest.  






 
 


Elle varie son procédé. Dans la Série Tania elle invente des calligraphies semblables à  des tatouages sophistiqués. Dans ses jeux de découpes sèches et cliniques auxquelles elle associe des volutes denses elle obtient des effets optiques (Lave incandescente, Chlorophylle effervescente). Et quand elle se laisse aller aux courbes et aux couleurs voisines, elle déclenche des sensations de chaleur ( Rondeurs et féminité ) ou bien des saisissements de fraîcheur (Contorsions).

Les géométries qu’elle imbrique les unes dans les autres recomposent des entrelacs, des nœuds magiques et des chaînes. Dans la série « So Wax ! » elle fait allusion directement au fameux tissu africain imprimé. 


Par un clin d’œil elle ranime les froufrous et l’agitation entre des femmes et des hommes se frôlant au marché. Les noms des motifs sur le pagne que porte la femme africaine signifient toujours quelque chose. On communique par signe, le code est compris par tous, rien n’échappe à l’œil de l’autre, en Afrique, on n’est jamais seul.     

Les oeuvres d’Aya manifestent la joie de vivre qui s’exprime dans la fête de la couleur. Son regard sur la société est aiguisé ( N’Zassa ).

Mais pas uniquement. 


Un drame sourd se laisse percevoir dans les titres qu’elle donne à quelques unes de ses œuvres affirmant ainsi, sa position de peintre engagé, (L’éventail de la liberté, Les Soleils des indépendances, Des continents et des races  etc.)  L’hommage qu’elle semble  adresser au peintre cubiste Ivoirien, Georges Ebrin Adingra n’est pas non plus innocent. Dès lors, nous pouvons penser à juste titre que son travail graphique ouvre discrètement mais consciemment des pistes vers les profondeurs et les subtilités de la culture Africaine. 

                                                                           

                                             Ileana Cornea, critique d’art chez Artension 
                                                                                       Paris, mars 2016